Canon Dial 35 et 35-2 : le demi-format à moteur à ressort

Il y a des appareils qu’on repère à trois mètres dans un vide-grenier, et le Canon Dial 35 en fait partie. Cette drôle de boîte verticale surmontée d’un cylindre, avec sa couronne de petites lentilles autour de l’objectif qui évoque un cadran de téléphone à l’ancienne, ne ressemble à rien d’autre. Sorti en novembre 1963, il a été mis à jour en avril 1968 sous le nom de Dial 35-2.

Ce que j’aime avec ces deux boîtiers, c’est qu’ils ne sont pas qu’un exercice de style. Derrière le look, il y a un vrai moteur mécanique à ressort qui avance le film et rembobine tout seul, un excellent 28 mm f/2.8 à cinq lentilles, et une prise en main à une seule main que très peu d’appareils de l’époque proposaient. C’est un demi-format, donc vous tirez 72 vues d’une pellicule de 36 poses, et le cadrage se fait naturellement en paysage alors que la plupart des demi-formats vous imposent le portrait.

Je vous propose de voir en détail ce qui distingue les deux générations, parce que la différence est plus importante qu’il n’y paraît, surtout au moment de trouver une pile.

Les points forts et les points faibles

Points fortsPoints faibles
Moteur à ressort entièrement mécanique, aucune pile pour faire avancer le film430 g pour un demi-format, c’est lourd et encombrant
Prise en main à une main réellement aboutie, la poignée sert de remontoirLe ressort est la pièce d’usure numéro un, beaucoup d’exemplaires sont bloqués
Objectif Canon SE 28 mm f/2.8 à 5 lentilles en 3 groupes, très bon piqué1/30 s comme vitesse la plus lente, oubliez la photo de nuit
Cadrage paysage naturel, rare sur un demi-formatPas de télémètre, mise au point à l’estime uniquement
72 vues sur une pellicule de 36 poses, jusqu’à 2 images par secondePile mercure 1,3 V introuvable, cellule à compenser
Viseur clair avec échelle de diaphragme et repères de distanceLogement de pile situé dans le dos, impossible à changer avec un film chargé
Automatisme débrayable, l’appareil reste utilisable en manuelOn met facilement un doigt devant l’objectif
Cote encore très raisonnable sur le marché de l’occasionErgonomie déroutante, le manuel est vraiment indispensable
Capital sympathie énorme, il attire les regards et les questions en sortie photoLa griffe du Dial 35 n’est pas synchronisée, il faut passer par la prise PC

Sa place dans l’histoire de la photo

Pour comprendre le Dial, il faut revenir à 1959 et à l’Olympus Pen de Yoshihisa Maitani. Le Pen déclenche un véritable raz-de-marée du demi-format au Japon, et à peu près tous les constructeurs s’y mettent : Fuji, Minolta, Konica, Yashica, Ricoh, Petri, Taron, et même Nikon.

Canon arrive tard dans la course. Sa première réponse, le Demi de 1963, est un joli boîtier compact mais très classique, avec cellule au sélénium et objectif 28 mm f/2.8 à cinq lentilles. Le marché étant déjà saturé, certains constructeurs commencent à prendre des libertés avec le format : Yashica et Taron proposent un défilement vertical du film, Fuji et Ricoh ajoutent un moteur à ressort.

Le Dial 35 arrive quelques mois après le Demi et cumule tout : défilement vertical, moteur à ressort, et surtout un automatisme à priorité vitesse piloté par une cellule CdS alimentée par pile. C’est ce dernier point qui le rend intéressant historiquement, la plupart des demi-formats de l’époque se contentant d’une cellule au sélénium sans électronique.

Le boîtier était vendu 13 800 yens au Japon en 1963, soit environ 3 000 yens de plus que le Demi, et 85 dollars aux États-Unis. En France, on le trouvait autour de 500 francs chez Grenier-Natkin au milieu des années 60. Ce n’était donc ni un jouet, ni un appareil de luxe : un bon milieu de gamme familial, positionné sur l’idée de « shooter sans réfléchir ».

Révolutionnaire ? Pas vraiment, puisque tous les ingrédients existaient déjà séparément. Mais Canon revendique une première technique sur ce boîtier : l’avance automatique jusqu’à la vue numéro 1 après chargement du film. Et sur le plan du design industriel, le Dial reste un des objets photo les plus culottés des années 60.

Canon Dial 35-2

72 photos avec une pellicule de 36 poses : l’argument qui change tout

C’est pour moi le vrai point fort de cet appareil, et il est plus pertinent en 2026 qu’il ne l’était en 1963.

Le principe du demi-format est simple : au lieu d’exposer la surface standard de 24 x 36 mm, le Dial n’expose que la moitié, soit 24 x 18 mm. Vous divisez donc chaque vue en deux et vous tirez 72 images d’une pellicule de 36 poses, parfois même un peu plus car l’espacement entre les vues est serré. Sur une 24 poses, comptez une bonne cinquantaine d’images.

Faites le calcul avec les tarifs actuels. Le prix des pellicules ne cesse de grimper depuis cinq ans, et une émulsion couleur correcte dépasse souvent les 12 euros le rouleau. En 24×36, cela fait environ 33 centimes par déclenchement avant même de parler de développement. Avec le Dial, vous tombez sous les 17 centimes. Sur une année de pratique régulière, la différence n’est pas anecdotique, c’est ce qui fait la différence entre shooter librement et compter ses vues.

Il faut vivre cette sensation pour la comprendre. Quand on a l’habitude du moyen format et de ses 10, 12 ou 16 vues par rouleau, la pellicule chargée dans un Dial 35 paraît littéralement interminable. Vous déclenchez, vous déclenchez encore, vous regardez le compteur, et vous en êtes à la vue 23. C’est libérateur : on se surprend à photographier des choses qu’on n’aurait jamais immortalisées avec un dos 6×7 sur l’épaule, à tenter des cadrages hasardeux, à faire trois images d’une même scène au lieu d’une seule. Le revers de la médaille, c’est qu’un rouleau ne se termine pas en une après-midi.

Les fabricants d’appareils neufs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Le demi-format est revenu en force ces dernières années, d’abord avec le Kodak Ektar H35, puis avec le Pentax 17 en 2024 qui a remis le format sur le devant de la scène avec un vrai boîtier construit, et plus récemment avec Lomography qui a sorti en juillet 2026 une version demi-format de son Simple Use rechargeable, autour de 25 euros, ainsi que le Lomourette. Quand trois fabricants relancent le même format en trois ans, c’est qu’il répond à un besoin réel du moment.

Là où le Dial garde une longueur d’avance sur ces nouveautés, c’est sur l’optique. Face à un objectif fixe en plastique à f/9, le Canon SE 28 mm f/2.8 à cinq lentilles en trois groupes joue dans une autre catégorie.

Un demi-format qui cadre en paysage

Voilà l’autre particularité qui distingue le Dial de la quasi-totalité des demi-formats de son époque, et même de ceux d’aujourd’hui.

Quand vous divisez une vue 24×36 en deux, vous obtenez naturellement un rectangle vertical. Résultat : sur un Olympus Pen, un Canon Demi ou un Pentax 17, tenir l’appareil normalement produit une image en portrait. C’est cohérent avec les usages actuels des réseaux sociaux, mais cela reste déroutant quand on vient de la photo classique, et il faut basculer l’appareil à 90 degrés pour un paysage.

Canon a résolu le problème d’une façon élégante : le film ne défile pas de gauche à droite mais de haut en bas, à la verticale à l’intérieur du boîtier. Du coup, le boîtier tenu droit dans la main donne une image en format paysage, exactement comme n’importe quel appareil 24×36. Le viseur est lui aussi en orientation paysage par défaut, ce qui rend la prise en main immédiatement naturelle. Et si vous voulez un portrait, vous tournez l’appareil comme d’habitude.

C’est un détail d’ingénierie qui ne se voit pas sur les photos du boîtier, mais qui change complètement l’expérience de prise de vue par rapport aux autres demi-formats.

Le fameux « cadran » n’est pas ce que vous croyez

C’est l’erreur que je lis le plus souvent, y compris sur des sites sérieux, donc autant la corriger tout de suite. Les dix petites lentilles disposées en cercle autour de l’objectif ne sont pas la cellule.

La cellule CdS, elle, est unique et logée derrière une seule fenêtre située au-dessus de l’objectif. Quand vous tournez la bague crantée pour choisir votre sensibilité, vous faites glisser devant cette fenêtre l’une des dix petites lentilles, chacune ayant une transmission différente. Vous ne réglez donc pas un curseur électronique, vous modifiez physiquement la quantité de lumière qui atteint la cellule. C’est une solution purement optique pour gérer la sensibilité du film, et c’est elle qui donne au boîtier sa silhouette de cadran téléphonique.

Conséquence pratique : les sensibilités ne sont pas continues mais réparties par paliers doubles, du type 80-125 ou 640-1000. Vous ne pouvez pas régler finement, et cela a son importance pour la question de la pile.

Caractéristiques techniques

CaractéristiqueCanon Dial 35 (1963)Canon Dial 35-2 (1968)
TypeCompact demi-format 35 mm à mise au point par zones, avance motorisée par ressortIdentique
Format d’image24 x 18 mm24 x 18 mm
ObjectifCanon SE 28 mm f/2.8, 5 lentilles en 3 groupesCanon SE 28 mm f/2.8, 5 lentilles en 3 groupes
Diaphragmesf/2.8 à f/22f/2.8 à f/22
ObturateurCentral Seikosha, B et 1/30 à 1/250 sCentral Seikosha, B et 1/30 à 1/250 s
ExpositionAutomatisme à priorité vitesse, cellule CdS, débrayable en manuelIdentique
Plage de mesureEV 8 à EV 17 à 100 ISOEV 8 à EV 17 à 100 ISO
Sensibilités8 à 500 ISO10 à 1000 ISO
Mise au pointPar zones, de 0,8 m à 15 m et infiniPar zones, de 0,8 m à 15 m et infini, avec repère « snap » à 3 m
ViseurGaliléen inversé, grossissement 0,42x, couverture 90 %Galiléen inversé, grossissement 0,42x, couverture 90 %
Informations dans le viseurPictogrammes de distance (proche, moyen, lointain), aiguille de diaphragme, zones rouges de sur et sous-expositionIdem, avec échelle de diaphragme complète f/5.6 à f/22 en fenêtre verte
MoteurRessort, environ 20 vues par armement complet, 2 images/secondeRessort renforcé, environ 20 vues par armement complet, 2 images/seconde
RembobinageAutomatique par le ressortAutomatique par le ressort
FlashPrise PC, griffe accessoire non synchroniséePrise PC et griffe porte-flash synchronisée, X à toutes les vitesses
Filetage filtre48 mm48 mm
AlimentationPile mercure 1,3 V de type H-PPile mercure 1,3 V de type H-D, au format PX625
Dimensions99 x 76 x 44 mm99 x 76 x 44 mm
Poids430 g410 g
Prix de lancement13 800 yens14 100 yens
Production1963 à 1967 environ1968 à 1971 environ

Une précision sur la pose B : elle figure bien dans les fiches officielles publiées par Canon pour les deux modèles, mais plusieurs utilisateurs et collectionneurs signalent ne pas la trouver sur la couronne de vitesses de leur exemplaire. Si vous comptez faire des poses longues, vérifiez ce point sur le boîtier avant achat plutôt que sur le papier.

Quelle pile pour le Canon Dial 35 ?

C’est le sujet qui pose le plus de problèmes aujourd’hui, et c’est aussi là que la différence entre les deux versions devient concrète.

Les deux appareils ont été conçus pour une pile au mercure de 1,3 V, aujourd’hui interdite à la production pour des raisons environnementales. Mais Canon a changé de référence entre les deux générations : le Dial 35 de 1963 utilise une pile de type H-P, tandis que le Dial 35-2 de 1968 est passé au type H-D, c’est-à-dire au format bien connu du PX625. En clair, sur le 35-2 vous trouverez une pile moderne qui se loge directement dans le compartiment, alors que sur le premier Dial il faut souvent ruser avec une cale ou un adaptateur de diamètre. Si vous hésitez entre les deux modèles et que vous comptez vraiment vous servir de la cellule, c’est un argument sérieux en faveur du 35-2.

Point rassurant avant tout : la pile ne sert qu’à la cellule. Tout le reste, obturateur, moteur à ressort, avance et rembobinage, est purement mécanique. Un Dial sans pile déclenche, avance et rembobine parfaitement. Il suffit de tirer puis de tourner le bouton de diaphragme situé sous le viseur pour passer en réglage manuel, et de vous fier à une cellule à main ou à une application. Ce bouton sert d’ailleurs aussi d’interrupteur : en le laissant tiré quand vous ne photographiez pas, vous évitez de vider la pile inutilement.

Si vous voulez récupérer la cellule, trois solutions :

  • La pile zinc-air de type WeinCell MRB625, à 1,35 V exactement. C’est la solution la plus juste, la cellule est calibrée pour cette tension. Elle s’active en retirant une languette et son autonomie est courte, comptez quelques semaines à quelques mois une fois ouverte.
  • La pile alcaline PX625A de 1,5 V, facile à trouver et bon marché. La tension supérieure fausse légèrement la mesure et l’appareil aura tendance à sous-exposer. La compensation habituelle consiste à régler une sensibilité plus basse que celle de votre film, mais attention : sur le Dial, les sensibilités sont réparties par paliers doubles, donc vous corrigez par pas d’environ un diaphragme, sans réglage fin possible. Pour du négatif couleur qui encaisse bien la surexposition, cela reste tout à fait exploitable.
  • L’adaptateur MR-9 avec une pile oxyde d’argent 386 ou SR44, qui intègre un composant abaissant la tension à 1,35 V. C’est l’investissement de départ le plus élevé, mais le plus économique et le plus précis sur la durée.

Dernière astuce pour les bricoleurs : sur le Dial 35-2, un potentiomètre de calibration de la cellule est accessible sous la bande de revêtement du boîtier. Si vous constatez un décalage constant après avoir changé de type de pile, un réglage est donc possible sans repartir de zéro.

Et gardez bien en tête que le compartiment de pile se trouve dans le dos, côté chambre de film. Vérifiez toujours l’état de la pile avant de charger une pellicule, sinon vous serez bon pour rembobiner en catastrophe.

Les accessoires du Canon Dial 35

L’écosystème est volontairement réduit, on est sur un appareil grand public à objectif fixe. Voici ce que vous pouvez chercher :

  • L’étui d’origine. Cuir souple sur le Dial 35, étui rigide sur le Dial 35-2. Il était facturé 1 000 yens, soit un peu moins de 10 % du prix du boîtier.
  • La dragonne. Vendue 300 yens en option sur le Dial 35, elle devient intégrée à la poignée sur le 35-2. C’est un vrai plus pour un appareil qui se tient à une main.
  • Les filtres et paresoleils en 48 mm. Diamètre partagé par les deux versions. Un simple UV protège la frontale, un jaune ou un orange fait des merveilles en noir et blanc.
  • Le déclencheur souple. Le bouton de déclenchement est fileté. Utile pour le travail sur trépied, la poignée-ressort étant équipée d’un filetage 1/4 de pouce à sa base.
  • Le retardateur mécanique Canon Selftimer 6. Il se visse sur le déclencheur et compense l’absence de retardateur intégré.
  • Un flash. Sur le Dial 35-2, la griffe est synchronisée et vous pouvez y poser un flash moderne à contact central, avec synchro X à toutes les vitesses. Sur le Dial 35 il faut passer par la prise PC latérale, la griffe n’étant qu’un simple support.

Les photographes et le Canon Dial 35 : ce que l’on sait vraiment

J’ai l’habitude de consacrer une section aux photographes célèbres qui ont marqué l’histoire d’un boîtier. Pour le Dial 35, je préfère être honnête avec vous : je n’ai trouvé aucune source fiable attribuant ce boîtier à un photographe reconnu. Ni interview, ni photo d’archive, ni témoignage documenté. Plutôt que d’inventer des noms, ce qui se fait beaucoup sur ce genre de sujet, je préfère vous expliquer pourquoi.

Le Dial n’a jamais été un outil de professionnel, et Canon ne l’a jamais positionné comme tel. C’était un appareil familial haut de gamme, vendu sur la promesse de photographier sans réfléchir, d’une seule main, avec beaucoup de vues par pellicule. Le photojournalisme de l’époque tournait au Leica, au Nikon F et au Canon 7, pas au demi-format.

Deux éléments de contexte valent quand même le détour. D’abord, le boîtier a été distribué aux États-Unis sous la marque Bell & Howell, dans le cadre d’un partenariat noué avec Canon en 1961. On croise donc régulièrement des exemplaires gravés Bell & Howell Dial 35, strictement identiques sur le plan technique. Ensuite, le demi-format en tant que format a bel et bien eu ses heures de gloire créative, mais c’est l’Olympus Pen qui en a été le porte-drapeau, notamment avec le Pen F et son reflex demi-format.

Si vous avez de votre côté une trace documentée d’un photographe reconnu au Dial 35, écrivez-moi, je mettrai l’article à jour avec plaisir.

Les différentes versions du Dial

ModèleAnnéeCe qui le distingue
Canon Dial 35Novembre 1963Le modèle d’origine. 8 à 500 ISO, griffe accessoire non synchronisée, plaque frontale claire, dragonne en option, pile mercure H-P, 430 g
Canon Dial Rapid1965Cassettes Agfa Rapid au lieu du format 135, boîtier entièrement différent et défilement du film redevenu horizontal. Le plus rare des trois
Canon Dial 35-2Avril 196810 à 1000 ISO, griffe porte-flash synchronisée, ressort renforcé, dragonne intégrée, pile au format PX625, plaque frontale noire sous l’échelle de distance, 410 g
Bell & Howell Dial 351963 à 1972Version rebadgée pour le marché américain, techniquement identique aux modèles Canon correspondants

Pour les distinguer d’un coup d’œil en brocante : la plaque située sous l’échelle de mise au point est noire sur le 35-2 et claire sur le Dial 35. Le dos change aussi, la table de conversion ASA/DIN du premier modèle laissant place à une check-list de prise de vue sur le second.

Le Canon Dial 35 en 2026, bonne ou mauvaise idée ?

Bonne idée, à une condition majeure : que le ressort fonctionne.

C’est le vrai point de vigilance. Le mécanisme d’horlogerie est la pièce la plus sollicitée du boîtier, et les graisses de ces engrenages ont eu soixante ans pour se figer. Un exemplaire dont la poignée tourne dans le vide sans jamais durcir, ou qui n’avance plus le film après un ou deux déclenchements, est un exemplaire à réviser. Avant d’acheter, remontez la poignée à vide, déclenchez une dizaine de fois de suite et écoutez : le mécanisme doit claquer franchement et le compteur avancer à chaque vue. Vérifiez aussi les joints de porte, souvent friables, et le fonctionnement de l’aiguille dans le viseur en balayant une source lumineuse.

Côté budget, on reste dans une zone très accessible pour un boîtier aussi typé, généralement entre 60 et 150 euros selon l’état, l’accessoirisation et la version. Les exemplaires en état de marche certifié partent plus haut, et il y a régulièrement de bonnes affaires sur les sites de petites annonces français.

Ce que j’apprécie vraiment à l’usage, c’est le rythme qu’il impose. Vous remontez le ressort, vous réglez votre vitesse, vous mettez la mise au point sur le repère « snap » à 3 mètres, et vous n’y touchez plus. En plein jour avec une pellicule 400 ISO, la profondeur de champ d’un 28 mm à f/11 fait le reste et tout est net du premier plan à l’infini. C’est un appareil de rue redoutable, silencieux, et qui se manœuvre d’une main pendant que l’autre tient un café.

Il y a aussi un aspect que je n’avais pas anticipé et qui compte beaucoup dans le plaisir d’utilisation : son capital sympathie. Je n’ai jamais sorti ce boîtier sans qu’on vienne me poser des questions. Des passants s’arrêtent, des gens me demandent ce que c’est, si ça fonctionne encore, comment ça marche. Le design fait mouche, y compris auprès de personnes qui ne s’intéressent pas du tout à la photo. Là où un reflex noir met souvent les gens sur la défensive, le Dial fait sourire et ouvre la conversation. Pour qui pratique la photo de rue ou le portrait spontané, c’est un atout réel et pas seulement une anecdote.

Il faut accepter en contrepartie deux choses : le poids, qui reste conséquent pour un demi-format, et la longueur des pellicules. Soixante-douze vues, ça ne se termine pas en une après-midi. Mon conseil est de charger une 24 poses, ce qui vous fera déjà une cinquantaine d’images, plutôt que de laisser une 36 poses traîner six mois dans le boîtier.

Dernier point à anticiper : la numérisation. Tous les laboratoires ne gèrent pas bien le demi-format, et certains facturent au double. Renseignez-vous avant, ou prévoyez de scanner vous-même.

Les alternatives au Canon Dial 35

Si le Dial vous tente mais que vous hésitez, voici ce que je regarderais à côté.

Le Pentax 17, si vous voulez du demi-format sans le risque mécanique. C’est le seul demi-format neuf du marché, il est garanti, sa cellule est calibrée pour les piles actuelles et il pèse bien moins lourd. Vous perdez le charme de l’objet et le moteur à ressort, vous gagnez la tranquillité.

Le Ricoh Auto Half, l’alternative la plus directe. Même principe de moteur à ressort, même philosophie du « je remonte et je shoote », mais dans un format bien plus compact et un poids divisé par deux. Son objectif est moins ambitieux que le SE 28 mm de Canon et son automatisme est total, sans choix de vitesse, mais il se glisse dans une poche.

L’Olympus Pen EE ou le Canon Demi, si vous voulez du demi-format simple et léger. Le Demi partage d’ailleurs le même excellent 28 mm f/2.8 à cinq lentilles que le Dial, dans un boîtier beaucoup plus classique et deux fois plus léger, avec une cellule au sélénium qui ne dépend d’aucune pile. Pour beaucoup de gens, c’est objectivement le choix le plus rationnel.

Le Canon FTb, si votre intérêt pour le Dial tient surtout à la mécanique Canon des années 60 et 70. Vous passez au 24×36 et au reflex, avec des objectifs interchangeables et une fiabilité nettement supérieure, tout en restant sur la même famille de pile.

L’Olympus mju-1, si ce que vous cherchez en réalité c’est un compact vraiment compact à emmener partout. Rien à voir en termes de sensations, mais il tient dans une poche de jean et son 35 mm f/3.5 est très bon.

Mon avis

Le Canon Dial 35 fait partie de ces appareils que l’on achète pour l’objet et que l’on garde pour l’usage. J’avais moi aussi un a priori de gadget avant d’en tenir un, et c’est en le prenant en main que tout s’éclaire : la poignée tombe naturellement sous les doigts, le déclencheur est exactement là où se pose l’index, et le viseur est l’un des plus lisibles de sa catégorie.

Ajoutez à cela le demi-format qui divise par deux le coût de chaque déclenchement, un cadrage paysage naturel que ses concurrents n’offrent pas, et un boîtier qui fait sourire les passants au lieu de les crisper, et vous obtenez un appareil beaucoup plus pertinent aujourd’hui qu’il ne l’était il y a vingt ans, quand la pellicule ne coûtait rien.

Si vous devez n’en choisir qu’un, prenez le Dial 35-2. La plage de sensibilité étendue, la griffe synchronisée, le ressort renforcé et surtout le passage au format de pile PX625 en font une version nettement plus vivable au quotidien. Le Dial 35 de 1963 reste le plus intéressant pour un collectionneur, mais le 35-2 est celui que je conseille pour photographier.

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